Chanel, son histoire

Gabrielle Chanel est née le 19 août 1883 à l’hospice de Saumur. Ses parents, Albert Chanel, commerçant ambulant et sa mère Jeanne Devolle.

Le couple n’est pas marié lorsque née la première de la fratrie, Julia-Berthe (née en 1882). Ils s’installent à Saumur et Albert passe son temps sur les routes. Jeanne est cantonnée dans une chambre en ville ou elle travaille en tant que fille de cuisine, femme de chambre ou repasseuse.

Ce n’est qu’un an plus tard qu’Albert et Jeanne finissent par se marier. Ils s’installent alors à Issoire.

Les absences répétés d’Albert désespèrent Jeanne qui se réfugie dans sa famille. Cela fait trois ans que cela dure et le couple cumule cinq enfants.

En 1893, Jeanne reçoit une lettre d’Albert qui lui annonce s’être installé en tant qu’aubergiste à Brive-la-Gaillarde avec l’un de ses frères. Elle confie alors les trois plus petits enfants à sa famille et part avec les deux aînés rejoindre son époux.

Albert a enjolivé la situation, il n’est en fait qu’employé de l’auberge. Dès son arrivée, il mènera la vie dure à Jeanne. De santé fragile, ses crises d’asthmes s’aggravent. Elle ne se soigne pas, pour ne pas coûter d’argent. Elle finira par s’éteindre le 16 février 1895 alors que son mari est à nouveau absent.

Albert ne sait que faire de ses cinq enfants. La famille de Jeanne ne veut pas s’en charger. Les garçons seront placés comme « enfants des hospices » dans des fermes, Alphonse, dix ans et Lucien, six ans.
Les filles pour leur part iront à l’orphelinat d’Aubazine, Julia-Berthe, treize ans, Grabrille, douze ans et Antoinette, bientôt huit ans.

Albert à promis de venir chercher ses filles bientôt. Elles resteront pourtant sept ans auprès des religieuses et ne reverront plus jamais leur père.

Le 19 août 1901, Gabrielle à dix-huit ans. Elle peut désormais choisir entre quitter l’orphelinat d’Aubazine ou prononcer ses voeux de noviciat.
Elle s’y refuse et est donc placée par les soeurs à deux cent cinquante kilomètres d’Aubazine, à Moulins chez les chanoinesses de la pension Notre-Dame.

Gabrille, Julia-Berthe et Antoinette rejoignent le pensionnat. Elles seront affectées à l’aile des nécessiteux, financée par les familles aisées de la ville.
Elles retrouvent dans ces lieux, leur jeune tante Adrienne, la plus petite soeur de leur père.

Adrienne permet aux filles de retrouver petit à petit leur famille paternelle. La soeur aînée de leur père, Louise, appelée Julia, est une femme coquette qui donnera à Gabrielle son premier intérêt pour la couture en plus des cours de couture suivis à l’école du couvent.

Malgré ces retrouvailles, Gabrielle ne parvient pas à se rapprocher de cette famille. A vingt-deux ans elles rêve de prendre son envol. Seule exception, Adrienne et elle sont inséparables.

Avec l’aide des chanoinesses, les deux jeunes femmes trouvent un emploi rue de l’Horloge dans un commerce de mercerie « A Sainte-Marie, soieries-dentelles-rubans ». La qualité de leur travail est remarquée, elles sont affectées au rayon confection pour dames et fillettes.
Le dimanche, elles rentrent chez les religieuses et chantent dans la chorale.

Adrienne et Gabrielle ignorent tout de la ville de Moulin ou elles vivent. Elles profitent du rare temps de libre dont elles disposent pour se promener. Gabrielle voudrait pousser Adrienne à rentrer dans un café-concert (caf’ con’). Elles s’y font finalement engager et un soir, Gabrielle pleine d’audace se lance sur l’estrade.

A son répertoire, elle ne dispose que de deux chansons:
– Ko ko
– Qui qu’a vu Coco dans l’Trocadéro?
Sa voix n’est pas spectaculaire mais sa joliesse et sa grâce intrépide conquièrent l’assemblée. Les jeunes officiers réclament désormais « Coco » tous les soirs.
L’un de ces jeunes hommes, Etienne Balsan applaudit plus fort que les autres.

Un soir Etienne les invitera au Grand Café. Les deux jeunes femmes ne tarderont pas à faire partie de toutes les soirées.

Gabrielle ne se satisfait pas de sa vie à Moulin. Elle se confie à Etienne au sujet de son envie d’aller de l’avant dans sa carrière d’artiste. Il aide donc Gabrielle et Adrienne à préparer leur départ pour Vichy.

Installées à Vichy, Gabrielle, se met en quête d’audition sans grand succès. Adrienne moins aventureuse retourne bientôt à Moulin.  Gabrielle s’obstine, elle prend des cours de danse et de chant mais la place de « gommeuse » qu’on lui fait miroiter ne venant pas elle retouche des robes chez elle et se fait engager comme « donneuse d’eau » à la source de Vichy.

A l’hiver, elle doit se résoudre à repartir à Moulin.
Elle retrouve ses clientes et travaille d’arrache-pied.
Le soir, elle se rend au Grand Café ou elle retrouve Etienne et ses amis.

Etienne Balsan a acheté un domaine  tout près de Compiègne depuis qu’il est libéré de ses obligations militaires. A vingt-trois ans, Gabrielle rejoint Etienne dans son domaine. Il n’est pas question d’amour, il est tout au plus son amant. Il lui préfère les demi-mondaines et les femmes plus âgées mais Coco l’amuse. Etienne lui offre l’oisiveté et la découverte du luxe.

Etienne Balsan à cheval à Royallieu.jpg
Etienne Balsan à cheval à Royallieu

A Royallieu, l’oisiveté ne plaît plus à Gabrielle. Elle veut gagner sa vie.
Ces chapeaux rencontrent un certain succès pourquoi ne pas devenir modiste?
Elle y songe fortement depuis quelques temps. C’est à cette période que Boy Capel entre dans sa vie à l’occasion d’une chasse en 1908 à laquelle participe Etienne Balsan.

Boy encourage Gabrielle dans son projet. Balsan lui prête sa garçonnière située au 160 boulevard Malesherbes à Paris. Les deux hommes la recommandent à leurs amies.

A partir de formes existantes qu’elle achète dans les grands magasins, Gabrielle confectionne  des chapeaux différents de ce que l’on peut retrouver dans la rue. Elle épure les styles, réduit les volumes.
Le bouche-à-oreille fait son office. Pour palier à son manque de pratique et de technique, Coco s’adjointe les compétences de Lucienne Rabaté, l’une des plus grandes modistes des Années folles.
Très vite des ouvrières les rejoingnent ainsi qu’Antoinette, la petite soeur de Gabrielle.

Etienne après avoir aidé Gabrielle à s’installer passe totalement le relais à Boy. Il a bien conscience que Gabrielle et lui ont une liaison et vivent ensemble.

Boy trouvera à Coco un pas de porte, au 21 rue Cambon, il y fera apposé la plaque « Chanel Modes ».

Arthur Capel dit 'Boy', le grand amour de Gabrielle.jpg
Arthur Capel dit « Boy », le grand amour de Gabrielle

En 1913, Gabrielle et Boy vont prendre des vacances à Deauville. Il lui suggère d’ouvrir à deux pas de l’hôtel le Normandy une boutique. Antoinette et Adrienne viennent pour lui apporter du renfort. En plus de vendre des accessoires et des chapeaux, Gabrielle propose de vendre ce qu’elle porte. Des vêtements pratiques, simples et légers. Elle joue les mannequins avec sa soeur et sa tante. Les élégantes ne tardent pas à venir voir ces étranges vêtements.

Adrienne Chanel, sa tante, son amie et compagne de toute une vie.jpg
Adrienne Chanel, sa tante, son amie de toute une vie

Lorsque Gabrielle rejoint Paris à l’automne, son carnet d’adresses s’est étoffé.

Au printemps 1914, Gabrielle récidive à Deauville. Toujours aidée de sa soeur et sa tante.
Elle apprend à cette période que sa soeur Julia-Berthe est décédée de la tuberculose. Elle laisse derrière elle, un petit garçon, André, dix ans.
Boy pour lui éviter l’orphelinat le place dans le collège Beaumont ou il a lui-même reçu son éducation.
Gabrielle veillera sur André à partir de ce jour et ce jusqu’à sa mort. Ainsi que sur les deux filles de ce dernier.

La rumeur d’une guerre court depuis l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand. Le 2 août 1914 l’Allemagne déclare la guerre à la France.

Gabrielle qui est restée à Deauville, voit la ville se vider. Quelques semaines plus tard, la clientèle revient, elle fuit l’avancée allemande.
Deauville se revide. Coco, retourne à Paris.

Le charbon se fait rare, les distractions aussi. Pourtant les grands hôtels ne désemplissent pas. Les élégantes s’y retrouvent. Les affaires marchent bien pour Gabrielle, ses clientes de Deauville reviennent et de nouvelles arrivent. Paul Poiret ne fait plus l’unanimité.

Boy obtient une permission pendant l’été 1915 et emmène Gabrielle en vacances à Biarritz. Il encourage Coco à ouvrir une boutique comme à Deauville ainsi qu’une vraie maison de couture. C’est rue Gardères que se trouvera finalement cette adresse. Le succès est immédiat, les femmes de la cour d’Espagne, des provinces basques de Navarre et d’Aragon, ainsi que la haute société de passage à Biarritz passent commande.

Elle reviendra à Paris six mois plus tard. Environ trois cents ouvrières travaillent pour elle mais le tissu se fait rare à cause de la guerre. C’est alors que Gabrielle se rappelle des Tissages Rodier, et du jersey lancé peu avant 1914. Le tissu trop souple ne rencontre pas le succès escompté, Gabrielle convainc tout de même Eugène Rodier de lui vendre une fin de stock.
Les parisiennes adoptent ses nouveaux ensembles en jersey. Ils sont faciles à porter dans ces moments austères.
Devant le succès, Rodier remet en marche ses métiers à tisser.

Gabrielle voyant ses profits s’engage à rembourser à Boy l’argent qu’il a investi dans son affaire.

Les dîners s’enchaînent et durant l’un d’eux Gabrielle rencontre le peintre catalan, José Maria Sert et sa future épouse Misia Godebska. Cette amitié va lui ouvrir le cercle des écrivains, des peintres et des musiciens.

En mars 1918, Gabrielle a beau être riche et indépendante, elle ne pourra jamais offrir la reconnaissance sociale que désire Boy. Il se fiance donc à Londres avec une jeune aristocrate anglaise, Diana Lister.
Elle quitte leur appartement commun du boulevard Malesherbes. Elle emménage près du pont de l’Alma.

La guerre continue de faire rage. Paris se vide d’une grande partie de ses habitants. Gabrielle migre à Biarritz et le succès continue à être au rendez-vous. Elle rachète la villa Larralde qui deviendra le siège de sa maison de couture à Biarritz.

La guerre prend fin le 11 novembre 1918 avec la capitulation de l’Allemagne.

Boy vient rejoindre Gabrielle dès qu’il en a l’occasion. Sa femme est enceinte de leur premier enfant.

Gabrielle en 1919, agrandie ses ateliers en passant du 21 rue Cambon à un local situé dix numéros plus loin.

Entrée du 31 rue Cambon ou Gabrielle s'est établie en 1919.jpg
Entrée du 31 rue Cambon ou Gabrielle s’est établie en 1919

Elle part habiter à Rueil, dans une grande villa, la Milanaise.

Antoinette, sa petite soeur se marie avec un aviateur canadien. Les époux partent pour l’Ontario.

Boy qui est venu pour le mariage, reste jusqu’à Noël auprès de Coco. Dans la nuit de 22 décembre, Gabrielle est réveillée par un cavalier de Royallieu. Il lui annonce que Boy a eu un accident de voiture et qu’il est mort sur le coup. Elle ne s’en remettra jamais.

Les nouvelles du Canada ne sont pas bonnes non plus, Antoinette est délaissée par son mari. Elle suit un danseur de tango en Argentine et y décédera au début des années 1920 de la grippe espagnole.

Gabrielle déménage de la villa la Milanaise aux hauteurs de Garches dans la maison de Bel Respiro.

Elle n’acceptera les invitations à sortir qu’a partir de l’été suivant. A commencer par celle de Misia. Elle sort peu à peu de sa vie de recluse.

Misia et l’artiste peintre catalan, José Maria Sert finissent par se marier après douze ans de vie commune en août 1920. Ils convainquent Gabrielle de les accompagner à Rome et Venise. Coco apprécie tout particulièrement Venise.

A son retour de voyage, Gabrielle invite Igor Stravinski et sa famille à s’installer dans sa maison. Il s’enflamme pour Coco qui ne lui donne aucun espoir, elle le financera par contre pendant dix ans ainsi que les Ballets russes et Serge de Diadhilev.

En 1920, Gabrielle a fuit sa maison de Garches car les avances de Stravinski se font oppressantes. Elle est donc partie à Biarritz. A l’hôtel du Palais, elle croise le grand duc Dimitri Pavlovitch avec qui elle entretiendra une liaison d’un an.

Le grand duc Pavlovitch Romanov.jpg
Le grand duc Pavlovitch Romanov

Les affaires sont florissantes, Coco a de nouveaux projets, l’un d’eux est le parfum.

A l’occasion d’une escapade à Monte-Carlo, Dimitri présente Gabrielle à Ernest Beaux. Il était en Russie, avant la révolution de 1917, le nez de la maison Rallet. Ils vont travailler ensemble durant toute l’année. Elle sélectionnera parmi les échantillons le n°22 qu’elle commercialisera l’année suivante. Mais pour la présentation de sa collection le 5 mai 1921, elle choisira le n°5. C’est un bouquet de fleurs abstraites composés de quatre-vingt ingrédients.

En 1921, à l’automne, Gabrielle quitte Garches. Elle laisse cependant la famille Stravinski rester chez elle. La famille ne quittera les lieux qu’en 1922. Pour la remercier Igor lui offrira le seul objet avec lequel il a pu partir de son pays natal: une icone. Elle trône encore fièrement dans l’appartement du 31 rue Cambon.

Elle souhaite se rapprocher de la rue Cambon et pour se faire elle s’installe dans un hôtel particulier au 29 rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Fin 1922, l’acteur Charles Dullin propose à Gabrielle  de réaliser les costumes de la pièce Antigone adaptée par Jean Cocteau. A sa sortie, la pièce fait débat.

Gabrielle à 40 ans, elle crée les costumes d'Antigone mis en scène par Jean Cocteau.jpg
Gabrielle à 40 ans, elle crée les costumes d’Antigone mis en scène par Jean Cocteau

Malgré l’échec, Jean Cocteau poursuit avec Le Train bleu. La pièce est produite en 1924, les décors seront d’Henri Laurens, un sculpteur n’ayant jamais travaillé pour le théâtre. Ce dernier est ami avec Pierre Reverdy qui a déjà croisé Coco en 1919. Ils se découvrent des points communs et leur amitié vire petit à petit à l’amour. Malheureusement Reverdy est marié. Il se retire du monde en 1926, c’est un ascète (Personne qui s’impose, par piété, des exercices de pénitence, des privations, des mortifications). Gabrielle rachète et conserve ses manuscrits. Ils resteront amis jusqu’à la mort de Reverdy en 1960.

Le poète Pierre Reverdy vers 1920.jpg
Le poète Pierre Reverdy vers 1920

Gabrielle engage Etienne de Beaumont comme dessinateur du studio de création de bijoux de la rue Cambon. Il réalisera jusqu’en 1930 de longs colliers de pierres artificielles multicolores pour Chanel.

Etienne de Beaumont n’a encore jamais invité Coco à l’une de ses soirées. Elles sont très prisées, le tout Paris y va. Le talent y compte plus que l’argent.

Après le succès de la pièce Le Train bleu, Gabrielle part se reposer à Monte-Carlo avec son amie Vera Bate. Vera lui présentera le duc de Westminster, homme le plus riche d’Angleterre. Il s’éprend de Coco et va la courtiser entre son deuxième divorce et son troisième mariage. Le duc la comblera de cadeaux, elle le rejoindra régulièrement dans l’une de ses nombreuses demeures.

Scan0004.jpg
Le duc de Westminster

A Eaton Hall, le duc reçoit des amis pour le week-end. Lors de l’un d’eux, sera présent le prince de Galles, futur roi connu sous le nom de Edouard VII et Winston Churchill. Ce dernier apprécie Gabrielle, il aime son humour et parle français avec elle car Coco refuse de parler en anglais.

1928, près de Dieppe ou Coco participe à une chasse avec Winston Churchill et son fils Randolph.jpg
1928, près de Dieppe ou Coco participe à une chasse avec Winston Churchill et son fils Randolph

C’est en 1926, qu’a l’Opéra, Gabrielle voit défiler devant elle des femmes dans des toilettes lourdes et trop colorées. Lui vient alors l’idée de revenir à la simplicité, la petite robe noire.

En 1928, Coco achète un terrain sur les hauteurs de Roquebrune derrière Monte-Carlo. Le Duc y jette régulièrement l’ancre. Ce terrain est destiné à construire La Pausa, une maison de vacances.
Lorsqu’il sera enfin possible d’y séjourner, le duc préférera aller à Monte-Carlo ou rester sur son bateau. L’homme est volage et Coco ne pouvant lui donner d’enfant, il s’éloigne peu à peu.

L’effondrement de la bourse à New York entraîne dans son sillage l’industrie de la haute couture. Les couturières cassent les prix, Chanel aussi. On délaissera le style garçonne pour une allure plus souple.

Le duc de Westminster se décide à épouser la fille du chef du protocole de la cour d’Angleterre. Gabrielle renoue alors avec Reverdy.

Gabrielle Chanel dans sa suite du Ritz vers 1930.jpg
Gabrielle Chanel dans sa suite du Ritz vers 1930

Durant l’été 1930, Gabrielle retrouve à Monte-Carlo, le grand-duc Dimitri. Il lui présente le producteur indépendant d’Hollywood, Sam Goldwyn. Ce dernier lui propose un contrat mirobolant pour venir habiller les vedettes.
Coco est tentée par l’idée, la publicité pourrait lui ouvrir les portes des grands magasins américains. Elle débarque donc à New York en 1931.

Gabrielle, en avril 1931 pose pendant son escale à New-York avant de prendre le train pour Los Angeles et rejoindre Hollywood
Gabrielle, en avril 1931 pose pendant son escale à New-York avant de prendre le train pour Los Angeles et rejoindre Hollywood

Elle n’y restera pas longtemps. Les stars ne souhaitent pas d’un seul costumier.

Dès son retour à Paris, Gabrielle se met à revoir Paul Iribe. L’homme à des positions plus que discutables. Colette ne le supporte pas, notamment car ses idées commencent à déteindre sur Coco.

Paul Irbe.jpg
Paul Iribe

En novembre 1932, Gabrielle organisera une exposition intitulée « Bijoux de diamants » dans les salons des hôtels particuliers. Tout Paris s’y précipite.
La vente de ces bijoux se fait au profit d’œuvres de bienfaisance.

Jusqu’alors la relation entre Coco et Paul était relativement secrète. C’est désormais fini, ils s’affichent au grand jour. Paul viendra même s’installer chez Gabrielle au faubourg Saint-Honoré.
Elle financera la réédition du journal « Le Témoin », lancé par Paul en 1906 et qui n’aura duré que quatre ans. Elle l’associe également à sa maison Chanel en lui confiant le développement du département textile.

A la fin de l’été 1935, Paul rejoint Coco à la Pausa. A peine arrivée il sera prit d’un malaise et décède peu après dans l’ambulance. Elle est effondrée.

Pour oublier sa tristesse et son deuil, Gabrielle se perdra totalement dans son travail.

Il se trame des choses en Europe. Les troupes allemandes violent le traité de Versailles en réoccupant la rive gauche du Rhin, la guerre civile éclate en Espagne,…

Les métiers de la couture sont touchés par les événements sociaux et politiques. Un matin de 1936 alors que Gabrielle se rend à son atelier, elle y découvre un piquet de grève. Parmi les demandes, la semaine de quarante heures et les contrats collectifs.
Le ton va monter et se durcir entre Coco et ses ouvrières. Gabrielle leur proposera de leur abandonner la maison Chanel et d’en devenir la directrice salariée. Les ouvrière refusent. Elle en licenciera 300.

En 1936, le personnel de la maison Chanel en grève devant le 31 rue Cambron.jpg
En 1936, le personnel de la maison Chanel en grève devant le 31 rue Cambron

Dès 1936, la mode évolue et voit apparaître des concurrents comme Elsa Schiaparelli. Coco l’a surnommera « l’Italienne » ou « l’Italienne qui fait des robes » mais ne prononcera jamais son nom.

En 1938, durant l’automne, la rivalité entre les deux femmes est à son comble.

Gabrielle photographiée par Boris Lipnitzki en 1936.jpg
Gabrielle photographiée par Boris Lipnitzki en 1936
En 1937, le compte Fulco di Verdura et Coco. Ils créent ensemble depuis 1933 dont les fameux bracelets manchettes en émail.jpg
En 1937, le compte Fulco di Verdura et Coco. Ils créent ensemble depuis 1933 dont les fameux bracelets manchettes en émail

Les alliés déclarent la guerre le 3 septembre 1939.Gabrielle prend la décision de fermer.
La Chambre syndicale de la haute couture lui met la pression pour qu’elle reste ouverte, elle ne cédera pas.

La boutique de la rue Cambon restera ouverte ne vendant que des accessoires et des parfums.

Suite à la fermeture de sa maison, elle cesse de verser des pensions à ses deux frères qu’elle n’a jamais revu.

Pendant cette période elle verra régulièrement ses amis Serge Lifar et Jean Cocteau. Ce dernier présentera à Gabrielle, Catalan Fesona. Ils vivront une courte liaison.

En mai 1940, c’est l’exode. Paris se vide. Gabrielle se retrouve à Cerbères. Elle y possède un château acheté pour son neveu André. Pas très loin se trouve Etienne Balsan.

L’armistice est signée le 22 juin 1940. Coco rentre à Paris, et retourne au Ritz ou elle ira s’installer sous les combles.

Paris perd son statut et ne domine plus le marché international de la mode. Les couturiers étrangers partent. Il est convenu avec le régime que la haute couture se destine à une clientèle franco-allemande ayant reçu au préalable l’approbation des nazis.

En 1941, Gabrielle entretient un amour secret avec un diplomate allemand, de treize ans son cadet, Hans Gunther von Dincklage. Ils ce sont connus avant la guerre, dans les milieux mondains.
Il fera libérer par le biais d’un de ses amis, le neveu de Coco, André Palasse.

Hans Gunther von Dincklage, officier allemand qui entretiendra une liaison avec Coco durant l'Occupation et après.jpg
Hans Gunther von Dincklage, officier allemand qui entretiendra une liaison avec Coco durant l’Occupation et après

Cette liaison causera à Gabrielle des problèmes à la libération. Si elle réussi à passer outre en septembre 1944, c’est grâce aux appuis de Churchill et du duc de Westminster.

Ce sont les révélations de Théodore Momm en 1971 qui permettront de la laver de tout soupçons. Le projet « Chapeau de mode » est un projet dans lequel Gabrielle a tenté, pour mettre un terme à la guerre de rencontrer en 1943 Churchill à Madrid. L’idée était de la convaincre d’accepter le principe d’entretiens secrets anglo-allemands, afin de négocier une paix séparée. Coco a fait jouer toutes ses relations tant du côté anglais que allemand pour cette mission qui a échouée.

Le 8 mai 1945 les alliés emportent définitivement la victoire sur les nazis.

Gabrielle part en Suisse pour s’installer. Hans Gunther von Dincklage vient la rejoindre parfois.

Devant la boutique de la rue Cambon ce sont les GI’s américains qui font la queue pour offrir à leurs femmes ou leurs petites amies un flacon du n°5 de Chanel.

La pénurie de tissus est à son comble en 1946. Le Théâtre de la Mode organisé par la Chambre syndicale de la haute couture essaye de faire revivre la mode. Une exposition de poupées permettra d’y parvenir.

En 1947, Coco se rend à New York pour négocier ses royalties et un nouveau contrat. Pierre Wertheimer qui a quitté la France en 1940 a fondé aux Etats-Unis  la filière américaine des parfums Chanel et les parfums ce sont très bien vendus.

De retour en Suisse, elle veut faire écrire ses mémoires. Elle consultera de nombreuses maisons d’édition mais les éditeurs n’en veulent pas.
Dans ces années là, c’est le couturier Christian Dior qui intéresse. Gabrielle dira « Dior n’habille pas les femmes, il les tapisse! ».
Un seul couturier trouve grâce à ses yeux: Cristobal Balenciaga. Ils seront amis pendant de nombreuses années avant de se brouiller.

Gabrielle, âgée de soixante-dix ans se laisse convaincre par Pierre Wertheimer (qui espère relancer l’activité des parfums Chanel en France et aux Etats-Unis) et la journaliste, Carmel Snow de rouvrir les ateliers de la rue Cambon.
Elle embauche de nouvelles ouvrières mais recrutent également des premières d’atelier et d’anciennes ouvrières qui acceptent toutes de revenir.

Un coup médiatique inattendu de la part de Marilyn Monroe va projeter n°5 sur le devant de la scène. L’actrice avoue dormir nue, juste avec quelques gouttes de Chanel N°5.

C’est le 5 février 1954 que se fait le retour de Mademoiselle Chanel. Elle présente sa collection pour le printemps devant ses anciennes clientes et toute la presse internationale.
Un silence de mort accueil la collection. Gabrielle sait qu’elle n’a pas convaincu.
La presse française l’assassine en l’accusant d’être restée aux années 1930, la presse anglaise est mitigée, seule la presse américaine est enthousiaste.

Gabrielle suite à cet incident décide de vendre sa maison à Pierre Wertheimer tout en continuant de la diriger.

Persuadée d’avoir vue juste avec sa collection, Gabrielle continue de travailler dans cette voie. Durant presque deux ans « le P’tit Chanel » va se faire moderniser.

Gabrielle.jpg
Gabrielle Chanel

Le succès auprès des américaines puis des européennes est énorme.

Durant les années qui suivent Gabrielle continue de réaliser des interviews et de faire des créations.

Mademoiselle Chanel et ses mannequins, une sorte de famille qu'elle s'est créée avec des jeunes filles en vogue, qu'elle envoie partou dans Paris habillées en Chanel.jpg
Mademoiselle Chanel et ses mannequins, une sorte de famille qu’elle s’est créée avec des jeunes filles en vogue, qu’elle envoie partout dans Paris habillées en Chanel

Le 19 août 1970, jour de ses quatre-vingt-sept ans, elle lance avec Henri Robert, un nouveau parfum, n°19.

Lorsqu’elle quitte le Ritz, sa femme de chambre téléphone à la boutique de la rue Cambon pour les prévenir de son arrivée. Ils vaporisent du Chanel n°5.

Le 10 janvier 1971, au retour de Longchamps, Coco est prise d’un malaise. Elle s’éteindra dans sa chambre du Ritz à l’âge de quatre-vingt-sept ans.

Mademoiselle Chanel.jpg
Mademoiselle Chanel

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s